Le piercing et le tatouage qui consistent respectivement à se percer soit le nez, le nombril ou l’arcade sourcilière pour y accrocher un bijou et à s’imprimer des dessins très souvent indélébiles sur le corps a pris d’assaut, depuis quelques temps, le cœur et le corps des jeunes filles togolaises. Véritable phénomène de société, cette pratique a atteint son paroxysme.
Visage courroucé et mauvaise mine, Aicha a encore du mal à surmonter sa douleur ressentie au nez qu’elle venait de percer. A l’instar de Aicha, elles sont de nombreuses togolaises à s’adonner au piercing, ou encore au tatouage.
Pour séduire, les jeunes filles de Lomé ont opté pour cette coutume venue d’Inde.
« Quand je vois mes amies avec ce style, je les trouve belles. Et je l’ai aussi adopté parce qu’elle se révèle assez attirant et craquant aux yeux de plusieurs hommes », estime Félicitée Ola, étudiante au campus universitaire de Lomé.
Pour d’autres, le piercing est synonyme d’enjoliveur.
« Ca rend très belle, lorsque vous avez le nez ou la langue percée avec un bijou de valeur », se glorifie Sandrine Malou. Elle ajoute : « C’est une amie qui me l’a fait avec une petite aiguille ; mais c’est assez douloureux », reconnait-elle.
Le prix des bijoux utilisés varient habituellement entre 250 et 1000 F.CFA (0,38 et environ 1,50 euro). Les plus nanties n’hésitent pas à débourser jusqu’à 17 000, voire 20 000 F.CFA.
« Je préfère des bijoux de qualité. Ils attirent vite les hommes, et les font craquer », affirme Kelly Assignon, revendeuse de produits cosmétiques, dont le nez luit d’un petit K, l’initial de son prénom.
Avant d’être un phénomène à la mode, le piercing est avant tout un acte qui a des origines tribales dans certaines contrées du monde.
« On a l’impression de vivre dans le passé. En notre temps, c’est les esclaves qui sont soumis au piercing ou au tatouage, qui sont une manière de les identifier », explique Léontine Sossou, fonctionnaire à la retraite.
En effet, dans bien des sociétés primitives, on a utilisé les bijoux corporels, tout comme le tatouage ou les scarifications, soit pour des raisons purement esthétiques, soit de manière rituelle pour affirmer son appartenance à une caste particulière.
En Occident, ces pratiques ne sont réellement « en vogue » que depuis la fin des années 80′. Une pratique jadis réservée aux gays aux USA, puis en Europe dans certain milieux musicaux.
Aujourd’hui, le phénomène a pris de l’ampleur et il touche de plus en plus de personnes, de tous milieux et de tous âges. En règle générale, on se fait percer par coquetterie, par…suivisme.
Cette pratique n’est plus « réservée » à une tranche marginale de la population comme à ses débuts en 1997. Et le piercing le plus demandé reste celui du nez, de l’arcade sourcilière, de la bouche ou encore du nombril. Quand au tatouage, il se fait sur les parties exposées jusqu’aux parties les moins visibles.
Elysée Yao a préféré se faire tatouer le nom de son petit ami sur le pubis.
« Je suis folle de mon petit-ami », dit-elle toute fière.
Une démarche que ne partage pas du tout Sandra A., esthéticienne à Lomé.
« Quand toi et ton copain vous n’êtes plus ensemble, ca peut créer des problèmes ; et c’est inconcevable de graver le nom de son petit-ami sur la peau. L’amour les rendent aveugles, et elles oublient que ce n’est forcement pas cet homme qu’elles vont épouser », déplore-t-elle.
Quand bien même les conséquences de ces pratiques ne sont pas tout de suite visibles, elles restent tout de même dangereuses.
« Je ne sais pas qu’il faut encore rappeler que se trouer les arcades sourcilières, le nez, le nombril et autres restent des pratiques dangereuses. Rien qu’à voir les instruments utilisés, qui dans la plupart des cas ne sont pas désinfectés, on a bien peur que des MST ne rodent par là », s’inquiète Ekué Do-Bruce, médecin à Lomé.
Mais à en croire les adeptes de cette pratique, « les conditions minimales d’hygiènes sont respectées », affirme Farida Mohammed, étudiante dont le bras gauche est tatoué d’une fleur.
Au moment où les supputations vont bon train, le piercing et le tatouage continuent également leur bonhomme de chemin, emportant dans son sac beauté et … dangers.