À l’heure où les plateformes numériques redéfinissent la circulation des œuvres culturelles, le 7e art africain fait face à un défi de taille : la préservation et la numérisation de ses archives historiques. Des chefs-d’œuvre pionniers aux trésors méconnus des décennies post-indépendances, une part immense de la mémoire visuelle du continent demeure vulnérable au temps, au climat et à l’oubli.
Un patrimoine précieux menacé de disparition
Pendant des décennies, des milliers de bobines de films en pellicule 16 mm et 35 mm ont été conservées dans des conditions précaires à travers le continent et au-delà. Humidité tropicale, manque de structures spécialisées de conservation ou dispersion des copies dans des archives étrangères : les obstacles techniques et financiers ont lourdement pesé sur la sauvegarde des pellicules. De Lomé à Ouagadougou, en passant par Dakar et Alger, les professionnels du cinéma tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années.
Lors des récentes manifestations culturelles régionales, notamment dans le cadre des Rencontres cinématographiques et des ateliers d’échanges panafricains, des voix fortes s’élèvent pour réclamer une action coordonnée. Le cinéaste et chercheur Nabil Djedouani, figure engagée dans la sauvegarde des archives cinématographiques, souligne régulièrement l’urgence de rendre ces œuvres aux publics africains. Selon lui, restaurer un film ne consiste pas simplement à réparer des images endommagées, mais à réhabiliter une mémoire collective fondamentale pour les jeunes générations.
La numérisation : une urgence technique et un acte politique
La restauration numérique permet aujourd’hui d’offrir une seconde vie à des classiques oubliés. Grâce à des procédés de numérisation haute définition et d’étalonnage minutieux, des œuvres majeures retrouvent leur éclat d’origine. C’est le cas de plusieurs films restaurés à partir de copies de sauvegarde retrouvées dans des cinémathèques européennes ou africaines, puis réintroduites dans le circuit des festivals continentaux.
Une transmission essentielle pour la jeunesse togolaises et africaine
Pour le Togo et l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, cette dynamique revêt une importance capitale. Au Cinéma Numérique Ambulant (CNA) du Togo ou lors des projections organisées à l’Institut Français de Lomé, la redécouverte du patrimoine filmique suscite un engouement remarquable chez les étudiants et jeunes créateurs. Accéder aux œuvres des pionniers permet de comprendre la genèse des esthétiques cinématographiques locales et d’alimenter la création contemporaine.
Le cinéma africain ne peut envisager sereinement son avenir sans réintégrer pleinement son histoire et rendre ses archives accessibles à son propre public.
Des initiatives panafricaines en quête de soutiens pérennes
Plusieurs acteurs institutionnels et associatifs se mobilisent pour structurer ce chantier titanesque. La Fédération Panafricaine des Cinéastes (FEPACI), en partenariat avec l’UNESCO et la Film Foundation, a ouvert la voie avec le projet du Patrimoine Cinématographique Africain. Toutefois, les professionnels soulignent que les financements restent souvent tributaires de coopérations internationales ponctuelles.
Pour inscrire cette démarche dans la durée, la création de laboratoires de numérisation régionaux et la formation de techniciens spécialisés sur le sol africain deviennent prioritaires. De plus en plus de voix plaident pour l’intégration de fonds dédiés au patrimoine au sein des politiques culturelles nationales des États membres de l’UEMOA.
Les acteurs culturels togolais, à l’image des diffuseurs et historiens de l’art réunis récemment à Lomé, rappellent également la nécessité de numériser les archives de la télévision nationale (TVT) et des documentaires de l’époque postcoloniale. Ces fonds contiennent des pépites inestimables sur la vie politique, sociale et culturelle du Togo de la deuxième moitié du XXe siècle.
Éléments en cours de vérification
Alors que des discussions seraient en cours entre plusieurs ministères de la Culture de la sous-région et des bailleurs internationaux pour la création d’un centre régional d’archivage audiovisuel en Afrique de l’Ouest, le calendrier d’exécution et la localisation exacte de ce futur pôle restent à confirmer par les autorités officielles.
