Bonjour Koriko Amoussa, pouvez-vous vous présentez à nos lecteurs s’il vous plaît ?
Je m’appelle, non, on m’appelle Amoussa Koriko (rires…). Je suis Togolais. Souvent comme il m’est difficile de parler je me présente toujours en me référent à cette description que ce grand frère qui m’a vu grandir fait de moi. Il s’agit de Gaëtan Noussoglo.
« L’homme est-il le produit des contingences de son environnement social ou a-t-il la capacité d’être maître de son destin ? Il y a une vingtaine d’années, on n’aurait pas parié un pfennig sur l’avenir de ce jeune garçon au visage oblong né à Lomé, plus précisément dans le quartier populeux de Nyekonakpoè où se mêlent gens de toutes les conditions, notamment l’humanité interlope qui squatte les bords de la lagune et traficote entre la capitale et la frontière du Ghana. Passeur de cannabis très tôt, quand enfant jouant à rouler les pneus, des dealers mettaient des drogues dans leurs jouets qu’ils passaient à l’autre côté de la frontière et échangeaient contre d’autres pneumatiques. Les enfants risquaient leur peau à ce jeu dangereux des adultes à une époque où les limiers togolais, s’attendant à voir débouler des bandits du Ghana étaient chaque fois sur le qui-vive.
C’est seulement parvenu à maturité qu’il mesura le risque qu’il encourait à l’époque, ne comprenant rien du jeu dangereux des adultes. Non seulement il ne devient pas dealer mais aussi ne fume pas la cigarette. Il a toujours adoré l’école. Les marginaux ont aussi leur chance, dit-il, l’école restant heureusement un tremplin pour la vie, même si sa scolarité n’était pas toujours payée par ses parents.
Et l’école lui réussit, heureusement. Baccalauréat Série D, 4e année de linguistique à l’Université du Bénin (actuelle Université de Lomé), tout allait rapidement. Il fonde en 2001, le Théâtre Assassan et joue dans divers spectacles de théâtre ».
Comment et quand s’est passé votre premier déclic pour la comédie ?
C’est au CEG Nyekonakpoè qu’il connut le théâtre, lors des semaines culturelles. Deux rencontres avec des aînés : Linda Ayaba de Souza-Ahiakpor et Sylvain Mehoun et le garnement eût envie de leur ressembler. Envie d’écrire également, de dire quelque chose. Le renouveau du théâtre togolais avec des gens sur mon chemin. Travaux avec les metteurs en scène Mewe Banissa, Alfa Ramsès, Gaëtan Noussouglo et Hermas Gbaguidi.
Votre grand souvenir de théâtre ?
C’est quand pour la première de son histoire, la troupe de mon département de Théâtre aux USA a été nominée cette année 2009 pour aller à la rencontre nationale du festival KCACFT (Kennedy Center American College Theatre Festival) avec la pièce que j’ai écrite et mise en scène, « Quand l’oiseau s’envole ».
Résumer en quelques mots à nos lecteurs la pièce « Quand l’oiseau s’envole » ?
C’est surtout un resurgissent dans ma mémoire d’enfance, ce monde d’éclopés et d’enfants abandonnés sans éducation par les parents. Les bas-fonds des quartiers de Lomé sont alors peints, à travers un langage argotique pour dire crûment les souffrances d’une jeunesse sacrifiée sur l’autel d’une politique absurde qui opprime ses propres enfants. C’est le monde des violences en famille. Mais j’aime mieux ce que dit cette dame Américaine à propos de ma pièce , “When the Bird Takes Flight is a disturbing look at how young people forge a new existence when “the system” has left them only smuggled goods, contraband and death”.
Metteur en scène, est-ce votre plateau favori ? Si oui combien de pièce avez-vous déjà mise en scène ?
Oui. Une dizaine, parmi lesquelles cinq ont été écrites par moi.
Qu’est-ce qui vous a poussé vers la mise en scène ?
L’envie de tuer.
Expliquez-nous en quelques mots votre métier de metteur en scène ?
Je prends un texte de théâtre que je défais et refais en sculptant des formes humaines qui se meuvent dans un espace qui n’est pas là. Je sculpte des concepts avec comme matériel la chair humaine et le vide. Le texte étant le mode d’emploi.
Avez-vous à la fois écrit un texte et conçu sa mise en scène ?
Oui, « Quand l’oiseau s’envole ». La deuxième va être « l’Ombre d’une nuit » très prochainement à Lomé. Mais horrible parce que tu te retrouves souvent dans une situation embarrassante de victime et d’accusé. Mais je trouve que c’est un très bon exercice.
Vous êtes nominé dans la Catégorie : Meilleur Metteur en scène pour le Grand Prix du Théâtre Francophone qui aura lieu du 17 au 19 décembre 2009 à Cotonou, un mot sur cette nomination ?
Je le trouve comme un remerciement pour ce que nous faisons pour l’Art en Afrique et au Togo. Je me suis souvenu que lorsqu’on a appelé mon nom suivi de « des États Unis », la salle a boudé et réclamé rectification : Amoussa du Togo.
Je vous remercie.
Un merci spécial à Alem et ma chérie Tina. Merci à toi Pierre et tous.