Décidée à briser la glace
« Lorsque l’histoire de PVVIH a commencé, on n’avait personne pour venir à notre secours. On s’est mis en association pour que les PVVIH puissent avoir accès aux antirétroviraux. Le groupe est formé en 2005 avec 8 personnes au départ », se souvient Léonie, séropositive, et mère de deux grandes filles. « Mais avec le soutien de mes médecins et les messages diffusés à la télévision, j’ai réalisé que la séropositivité n’était pas forcément synonyme de mort.» Un matin, elle a décidé de parler ouvertement de mon état malgré les conséquences qui pouvaient en résulter au niveau social. « Cela était nécessaire pour montrer aux personnes autour de moi le vrai visage de l’épidémie », se dit-elle. A la faveur du tournage d’un film documentaire sur la stigmatisation dont sont victimes les séropositifs, Léonie devance les évènements et informe son entourage de son état sérologique. Qui pour l’accepter, qui pour la mépriser. « J’ai senti cette réticence au niveau d’une tante. Je l’ai approchée pour lui déclarer mon statut puisqu’elle me disait qu’elle milite au sein d’une association qui fait dans la sensibilisation contre le Sida », se souvient-elle. Et de poursuivre: « Depuis qu’elle a appris la nouvelle, elle ne m’adresse plus la parole jusqu’à ce jour. Je suis dans coin, je suis toujours en vie. Et je me suis dit que même de loin, elle va m’entendre évoluer », lance Léonie avec un petit sourire. Au service, elle n’a pas hésité à parler de sa séropositivité à son Chef et à ses collègues qui jusqu’alors ont du mal à le croire. « Le jour où on nous a annoncé sa maladie, nous n’avions pas cru parce qu’elle est toujours au point : bien habillée, toujours souriante…Jusqu’à présent, on ne croit parce que les images que nous montrent les medias sont différentes de ce qu’elle présente », s’étonne son collègue de service Madame Tchédré. « Nous qui ne portons pas le mal, nous sommes plus malade qu’elle. Le palu nous embête beaucoup. Ce qui est curieux, c’est qu’elle travail plus que nous. Le gros lot du travail est à la session « examens et concours », et c’est là où elle sert », ajoute sa collègue, les yeux tous brillants que c’est l’état de cette dernière qui les a poussé à faire leur test. « Tout le monde est dépisté négatif dans ce service. Les gens s’étonnent qu’on travaille, mange et boit avec elle sans contracter le mal. Seuls nous qui sommes à coté d’elle peuvent changer le regard que les gens portent sur les séropositifs », sa collègue, Madame Tchédré. Décidée à aller jusqu’au bout de son engagement contre le sida, Léonie annonce son projet de remariage, puisque plein d’hommes ne cessent de sonner son portables. « Je vais me remarier bientôt. Ce n’est pas l’occasion qui manque. J’attends juste de faire le bon choix », confie-t-elle, avec beaucoup d’attention.
Sida: un problème psychologique que financier
Le soutien de l’association au sein de laquelle elle milite a été très déterminant dans sa lutte contre le mal. « Le traitement à base des ARV a beaucoup contribué au rétablissement de ma santé jusqu’à ramener mon taux des lymphocytes au plus bas », se réjouit Léonie. Cependant, elle dit avoir gagné ce combat, non forcement aux produits qu’elle prend, mais aussi et surtout à son mental. « Il faut être dur mentalement. Ce n’est pas facile ; ce n’est pas impossible non plus », dit-elle , out en invitant les uns et les autres à braver la peur pour se faire dépister. « Il est bon de savoir plus tôt son statut comme ca, on est à l’abri de toute surprise », conseille Léonie Amouzou, qui déplore la séro-ignorance dont font objet plusieurs personnes qui refusent de faire le test. « J’ai plus peur de faire la compagnie de ces personnes. Le Sida ne s’achète pas au marché. C’est une maladie comme les autres », a lancé Léonie toute remontée contre ceux-là qui hésitent encore à faire le test de dépistage. « Si j’ai déclaré mon statut, c’est pour pousser les autres chefs de service à accepter les PVVIH dans leurs entreprises, surtout dans le secteur privé. C’est une manière d’encourager les gens à faire tomber les tabous du Vih », a-t-elle lancé avant d’ajouter : « Ceux qui ont le courage de le dire ouvertement ne sont pas des extra-terrestres. Tout le monde peut le faire ».