Au bord des eaux paisibles du lac Togo, la localité historique d’Agbodrafo accueille depuis peu une initiative culturelle d’une envergure inédite. Une douzaine de plasticiens et de maîtres sculpteurs venus des préfectures du Kloto, de la Koza et du Golfe se sont réunis dans le cadre d’une résidence de création dédiée à la sculpture sur bois. Durant trois semaines, ce sanctuaire de création temporaire vibre au rythme des ciseaux, des maillets et du senteur envoûtante des essences forestières locales.
Un sanctuaire de création au bord du lac Togo
Organisée sous l’impulsion du collectif des artisans plasticiens de la maritime en partenariat avec la Direction régionale de la culture, cette résidence vise à redonner ses lettres de noblesse à la sculpture traditionnelle tout en l’ouvrant aux esthétiques contemporaines. Dans les jardins ombragés d’un ancien comptoir réhabilité d’Agbodrafo, non loin du quartier administratif, les artistes façonnent des pièces monumentales destinées à enrichir le patrimoine artistique national.
Le choix d’Agbodrafo n’est pas anodin. Cité mémoire marquée par l’histoire, la ville offre un cadre de sérénité propice à l’introspection et au geste créatif. Les artistes y trouvent l’inspiration nécessaire pour aborder des thématiques chères au Togo moderne : la préservation de l’environnement, le dialogue intergénérationnel et la transmission des savoirs ancrés dans nos communautés.
Transmission entre maîtres de Kpalimé et jeune garde loméenne
Ce rassemblement constitue également un carrefour d’apprentissage unique. La région de Kpalimé, réputée à travers toute l’Afrique de l’Ouest pour ses ateliers de sculpture et de céramique du centre artisanal, a dépêché plusieurs de ses maîtres chevronnés. Ces derniers partagent leurs secrets de taille et de ponçage avec une nouvelle génération de jeunes talents issus des quartiers de Lomé comme Nyékonakpoè, Kodjoviakopé ou Adidogomé.
L’essence du bois togolais : iroko, ébène et teck
Le travail s’effectue exclusivement sur des bois de récupération issus d’élagages contrôlés ou d’arbres mort-nés, garantissant une démarche écoresponsable. L’iroko, l’ébène, le teck et le bois de neem prennent ainsi une seconde vie sous les mains expertes des créateurs. Chaque fil du bois, chaque veine raconte une histoire que l’artiste met en valeur en respectant la morphologie brute du matériau.
Une valorisation internationale du savoir-faire togolais
Au terme de cette résidence, une exposition publique est prévue à la Maison des Plasticiens de Lomé avant une itinérance dans plusieurs centres culturels du pays, notamment à Atakpamé et Kara. L’objectif est d’offrir une visibilité méritée à ces créations d’exception et de susciter l’intérêt des collectionneurs nationaux et internationaux.
« La sculpture sur bois est l’âme respirante de notre patrimoine visuel. Voir la jeunesse togolais s’approprier ces techniques séculaires avec une telle audace contemporaine prouve que notre culture reste vivante et conquérante. »
Cette dynamique confirme la vitalité retrouvée des arts visuels au Togo. En redynamisant les filières de l’artisanat d’art et en créant des ponts entre traditions ancestrales et langages plastiques modernes, le Togo affirme avec fierté son statut de carrefour culturel majeur en Afrique subsaharienne.
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